Trilogie Nevernight de Jay Kristoff

Mia Corvere est une sacrée garce. Un caractère de cochon, la rancune chevillée au corps, un esprit revanchard à la limite de la bêtise et un talent inné pour le meurtre : pas mal pour une gamine de quatorze ans. Et, cerise sur le gâteau, elle sait manipuler les ombres… Dans un monde où il ne fait presque jamais nuit.

Résumons Nevernight en un seul mot : l’excès.

Jay Kristoff, c’est une vraie plume, un art du verbe parfait pour la fantasy, un talent de conteur indéniable. Et le monsieur en est parfaitement conscient. Pire : il déteste clairement qu’on brime ces envolées, qu’on cloisonne son univers, qu’on l’empêche de raconter ce qu’il vient tout juste d’imaginer pendant que son personnage parlait.
Alors Jay a décidé d’utiliser un vieux truc : la note de bas de page. On ne va pas s’éterniser sur le sujet, c’est devenu sa marque de fabrique et elle fait tout le charme de Nevernight. Précisons juste que ça justifie la lecture des livres en format ePub, bien plus adapté à ces envolées parallèles.

Tout, chez Jay Kristoff, est à l’image de ces notes de bas de page : excessif. On sent bien que personne n’a réussi à lui dire « stop ». Et si quelqu’un a essayé, cela a simplement généré une note de bas de page supplémentaire pour en rigoler. Et « en même temps », qui sommes-nous pour priver un auteur de ce qui fait l’âme de son œuvre et l’identité de son récit ? Si t’es pas content, petit lecteur, tu peux fermer le bouquin et reprendre le cours de ta vie.

Si la lecture de Nevernight vous tente (et c’est bien normal, le pitch est alléchant et les premiers paragraphes accrocheurs), soyez donc prévenu : Ce voyage sera long. Très long. Convoquons Brandon Sanderson (oui, partout où c’est possible) pour bien comprendre : Il faut se mettre dans la peau d’un chevalier radieux qui prête son premier serment :  » le voyage avant la destination ».
La lecture de Nevernight ne peut être motivée par la simple envie de comprendre cette histoire d’ombre, de jour sans fin, de monde brisé et de dieu déchu. Non, vous êtes là pour suivre la quête de vengeance de Mia et les longs, très longs détours qu’elle va nécessiter. Oui, le récit est souvent époustouflant, les personnages sont bien campés, l’univers riche, foisonnant, immersif. Et puis, comme chaque scène de sexe vous tient à peu près dix pages, forcément, ça allonge le récit. (Ébats entre ados de quatorze à seize ans, rappelons-le, qui interrogent légèrement sur les fantasmes de Jay.)

Dommage que, pendant toutes ces péripéties, rien n’avance vraiment.

Et surtout Mia. Qui, malgré tout ce qu’elle apprend sur elle-même, sur son passé, sur sa famille, malgré tout ce qu’elle pourrait tirer comme enseignement de ce parcours de vie peu banal, n’évoluera jamais. « Vengeance. Vengeance. Vengeance. » On est clairement sur un TOC qui nécessiterait d’être soigné autrement que par des meurtres et des parties de jambes en l’air.
Mais ce serait quand même beaucoup moins marrant à raconter.

D’autant qu’il est vraiment drôle, Jay. Comme il n’a jamais peur d’en faire trop, comme il assume parfaitement tous ses tics d’écriture et sa tendance irrépressible à ajouter des notes, il ne peut s’empêcher de répondre à ses détracteurs avec ce qu’il sait faire de mieux : en remettre encore une couche ! C’est à la fois drôle, savoureux et, sur le troisième tome, très malin pour faire brusquement avancer l’histoire et nous offrir la lumière au bout du tunnel.
C’est à la limite de l’opportunisme narratif, et franchement putassier par moment, mais – hé – ça marche.

Cela n’empêchera pas d’arriver au bout de ces trois énormes tomes avec un sentiment pas très agréable. Le terrible « tout ça pour ça ».

Si vous aimez les récits qui changent de l’ordinaire, les scènes de scène qu’on croirait sorties d’un SAS ou d’un Arlequin (mais vraiment pas au niveau d’une Jacqueline Carey), les aventures de gladiateurs et les meurtres à la pelle, Nevernight est fait pour vous.

Sarcasme : Plein.
Second degré : Plein.
Honnêteté : Peut mieux faire.

Nevernight de Jay Kristoff
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