Choisir l’incertitude, c’est un saut dans le vide. Mais un vide remplit de possibles. Un vide plein de choses invisibles, un vide de « peut-être ».
Le paradoxe de l’incertitude est dans ce tout et ce rien qui se mêlent, sans qu’un gagnant n’ait encore émergé. C’est le chat de Schrödinger qui s’invite dans notre esprit par trop habitué à la certitude.
Nous aimons nos vies tracées « mais pas trop ». Conscients que tout a un début et une fin, nous vivons avec cette certitude comme fil conducteur, libres de s’écarter un peu du chemin sans jamais complètement changer la donne. Notre esprit se raccroche à des certitudes simples, qui nous ancrent dans le réel.
Quand avez-vous, pour la dernière fois, profondément vécu l’incertitude ? Quand avez-vous, pour la dernière fois, répondu « je ne sais pas » à une question sur demain ? Et ce sans inquiétude mais avec un frisson de plaisir ? Si vous êtes tentez de répondre « jamais », c’est normal et vous n’êtes pas seuls. L’incertitude est une des premières sources d’angoisse.
Quitter la route que l’on a nous-mêmes tracée n’est pas si fréquent. Combien vivront heureux, comblés, épanouis par une vie entière passée là où ils ont grandi, auprès des amis qu’ils ont toujours connus, au sein de l’entreprise dans laquelle ils ont commencé ?
Tel est le pouvoir de la certitude. Une puissance de réconfort, difficile à ébranler. C’est savoir que demain sera tout aussi certain qu’aujourd’hui, sans jugement de valeur. Il ne s’agit pas de dire ce sera mieux ou pire, mais ce sera sans vide, sans peut-être.
Parmi les causes de trouble de l’anxiété généralisée, on trouve l’intolérance à l’incertitude.
Qu’on le veuille ou non, « peut-être » nous fait peur. Bien sûr, il pourrait nous apporter du mieux, une bonne surprise, un changement bénéfique.
Ou pas.
Car, après tout, quand les parents disent « peut-être », cela veut souvent dire « non mais je ne veux pas que tu me piques une crise au milieu du magasin ».
Alors, une fois adulte, on espère toujours que le champ des « peut-être » qui s’ouvre à nous lors d’un choix sans certitude seront des « oui » de la vie, de bonnes surprises, des opportunités qui ne se seraient jamais présentées sans ce saut dans le vide.
Mais peut-être pas.
Peut-être que la vie aussi te dira « non ».
Alors, cela vaut-il la peine d’abandonner le confort de la certitude ?
Well… Who know’s ?
Le chat est à la fois vivant et mort. La vie est tout aussi belle, tout autant vivable, avec comme sans certitude. Imaginons, à l’inverse, de profondément vivre en se focalisant sur ses certitudes… Si l’on écarte tout ce que l’on croit certain mais qui peut toujours changer – l’amour, le travail, les amis – que reste-t-il d’absolument certain ?
La mort.
Et là, soudain, on rêve à l’incertitude. Au moyen de tracer un autre chemin. A un peut-être qui permettrait de lui échapper.
Alors, comment vivre l’incertitude sans peur ? Comment regarder le vide plein de possibles sans craindre qu’aucun de nous rattrape après le saut ? Comment apprécier ces battements du cœur plus forts, trop forts, qui précèdent le premier pas ?
Et s’il suffisait d’imaginer ce qui va suivre ? Cela ne changera rien à ce qui se produira vraiment, tout comme l’angoisse du vide n’influençait en rien sa nature, mais soudain, l’espace dans lequel la peur s’installe devient plus restreint. Les peut-être prennent corps – ils sont toujours des peut-être, ils ne vivent que dans notre esprit – mais leur présence devient plus tangibles. L’incertitude se mue en possibilités.
Prenons un personnage de roman. A départ de l’histoire, c’est une ébauche, il a eut le droit à sa description globale, il est apparu pour jouer un rôle, il doit remplir un objectif que l’auteur lui a fixé… mais tant que le roman n’est pas fini, tant que le maître du jeu n’a pas décidé de son destin, qu’est-il réellement ?
Un champ de possibles, un individu entouré d’incertitudes.
Et puis le récit avance et les « peut-être » deviennent des aventures, les flous deviennent des faits, ce qui n’existait pas se crée, au gré de l’imaginaire d’un auteur.
Rien n’est réel et pourtant, l’incertitude a disparu.
Et l’angoisse que générait le vide avec elle.
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