Trilogie Hunger Games de Suzanne Collins

Version juvénile et diluée d’une rencontre entre « 1984 » de George Orwell et « Battle Royale » de Koushun Takami, la saga Hunger Games a connu un sacré succès dans les années 2010. Improbable ? Un peu.

Ah… Katniss Everdeen. Katniss, Katniss, Katniss. Qui n’a jamais eu envie de lui mettre trois baffes, à cette chère Katniss ? Avouez-le, pendant une bonne partie du premier tome (et du deuxième, et du troisième), vous vous demandiez à qui vous aviez vraiment à faire. Une archère de génie au caractère bien trempé ? ou une adolescente butée bornée qui oublie un peu trop de réfléchir avant d’agir ?
En vérité, Katniss est l’archétype de ces héroïnes qui ne décident pas grand-chose (et que ça agace, mais pas assez pour de bonnes décisions quand même) et qui se laisse balloter par les événements en faisant la gueule.

Belle incarnation de son incapacité à prendre la moindre décision : le triangle amoureux qui tiendra jusqu’à la fin du tome 3, ou presque. Car – littérature pour ado oblige – pourquoi se concentrer sur la révolution et le renversement d’un régime totalitaire quand on peut passer son temps à se demander si l’on préfère le boulanger sensible ou le chasseur mystérieux ?

Aaaah, Peeta et Gale. Quel duo dynamique. Quelle belle complexité dans l’écriture des personnages. Vraiment, nous aussi, on a beaucoup hésité. D’un côté, nous avons Peeta, le garçon au cœur d’or qui est prêt à tout pour Katniss, même à se faire kidnapper, torturer et manipuler. De l’autre, Gale, dont la principale caractéristique est son air renfrogné et sa capacité à poser des pièges. L’alchimie entre ces personnages est si intense qu’elle est presque imperceptible. On se demande vraiment comment Katniss fait pour être si confuse entre ces deux options absolument fascinantes.

Et n’oublions pas Panem, merveille de créativité géopolitique. Une Amérique post-apocalyptique divisée en districts avec des ressources strictement contrôlées et un Capitole extravagant qui rappelle les pires excès de la société de consommation. Mais quel message subtil et non du tout surligné ! Le contraste entre la pauvreté des districts et l’opulence du Capitole est une métaphore si délicate et nuancée que seuls les lecteurs les plus perspicaces pourraient en saisir toute la profondeur.

Allez, poussons le sarcasme jusqu’au bout et parlons de l’intrigue. Quelle montagne russe d’émotions ! Chaque livre nous offre une répétition palpitante des mêmes thèmes : survie, trahison, stratégie. Bien sûr, les scènes de combats dans l’arène sont l’atout majeur des livres, il faut donc être au niveau. Les pièges mortels, les mutations génétiques horrifiques et cette tension perpétuelle sur qui va mourir ensuite… Tout ça est un vrai régal pour les amateurs de suspense.

Et n’oublions pas cette scène finale, cadeau à tous les amateurs de Twilight. Rien de tel qu’une fin douce-amère pour nous rappeler que, même dans un monde dystopique, les héroïnes doivent souffrir de traumatismes émotionnels éternels pour que l’on comprenne bien la gravité de la situation. Katniss, la symbolique « Mockingjay », finit par se retirer dans une vie tranquille, avec les enfants qu’elle ne pensait jamais vouloir, bercée par des souvenirs horrifiques, ce qui, évidemment, est la meilleure récompense pour ses sacrifices.

Avec Hunger Games, Suzanne Collins a su capturer l’essence de l’adolescence, de la rébellion et de la romance dans un cadre dystopique qui, bien sûr, n’a rien d’emprunté à qui que ce soit… Un incontournable pour ceux qui aiment les lectures légères (écrites avec les pieds), un brin sanglantes, avec juste ce qu’il faut de profondeur pour se sentir intellectuellement stimulé sans trop d’efforts.

Sarcasme : Puissance 1000.
Second degré et ironie : Pas tant que ça, en fait.
Mauvaise foi : 4/5

Hunger Games de Suzanne Collins – Pocket Jeunesse (01/10/2009)