Linus Baker est un célibataire endurci qui rêve de vacances, d’une maison au bord de la mer, de paysage d’un bleu céruléen. Un jour, ce fonctionnaire tatillon est envoyé inspecter un orphelinat pas comme les autres. Une drôle de mission, une mission secrète, qui va changer sa vie.

Alors comme ça, on écrit des livres sur les agents chargés de superviser les orphelinats maintenant ? Ceux qui dépendent du Ministère de la Jeunesse Magique, certes, mais quand même. Comme point de départ barbant, on a rarement vu mieux. Imaginez un spin-off d’Harry Potter sur cette chère Mafalda Hopkrik après qu’elle ait retrouvé son poste au Ministère de la magie. Ça vous dit moyen, hein ? C’est pourtant la drôle d’idée de départ de TJ Klune, dont « La Maison au milieu de la mer ceruléenne » est le premier roman.
Spoiler alert : C’était une bonne idée.
Bon, l’auteur n’a pas eu besoin de chercher bien loin le contexte de ces bureaux tristes et aseptisés dans lesquels évolue Linus, son héros. TJ Klune est lui-même un ancien examinateur de réclamations pour une compagnie d’assurances. Autant dire que le point de départ de son récit est criant de réalisme. On se glisse, en quelques paragraphes, dans le train-train de Linus, quarantenaire célibataire qui rêve d’ailleurs, mais est incapable de s’extirper de ses petites habitudes, de sa timidité, de sa petite maison, de sa BO à base de vieux vinyles, des horaires de pâtée de son chat.
Linus est tatillon, Linus n’est pas très courageux, Linus est un peu trop pétri de principes et de règles pour son propre bien.
Mais Linus est surtout entièrement dévoué à son travail. En tant qu’inspecteur, il doit s’assurer du bien-être des enfants dans les orphelinats supervisés par le gouvernement. Un jour, les Cadres Extrêmement Supérieurs du Ministère (on perçoit bien l’expérience de l’auteur ici) lui confie une mission inhabituelle et hautement secrète. Il doit se rendre dans un foyer dont les pensionnaires sont vraiment particuliers, vraiment différents, même dans le cadre magique de cette histoire. Et pour ce faire, il doit se rendre sur l’île de Marsyas.
Dans une maison construite sur un rocher au milieu de la mer.
Le premier roman de TJ Klune est une ode à l’acceptation de l’autre, une ode à la différence, une ode à l’amour de soi et à l’amour tout court.
Pas facile d’être sarcastique concernant « La Maison… » tant ce roman est d’une douceur touchante. A la manière de Linus, il avance doucement, nous présente chaque personnage par le biais de son héros et fait évoluer notre regard en même temps que le sien.
Les pensionnaires de l’orphelinat, leurs pouvoirs, les dangers qu’ils représentent pour le monde sont, bien sûr, autant de moyen pour l’auteur de rebondir sur les peurs de notre monde envers les gens différents. L’ancrage dans le train-train réaliste de Linus met tout cela en exergue, plus qu’un univers purement fantasy ne l’aurait fait. Vient alors la romance, toute en timidité surpassée, avec le charmant mais mystérieux directeur de l’établissement, qui va finir de bousculer les certitudes de Linus.
L’histoire en elle-même n’est pas d’une grande originalité. Mais on apprécie le voyage avec TJ Klune, doucement bercé par les vagues, le bruissement de la marée, la beauté du soleil qui se reflète sur les eaux.
Sarcasme : On peut pas plus, c’est trop mignon.
Second degré et ironie : A peine, pour la forme.
Mauvaise foi : Aucune, vous savez tout.
La Maison au milieu de la mer céruléenne de TJ Klune – 473 pages – De Saxus (17/06/2021)
