L’Année de la Sauterelle de Terry Hayes

Un agent de la CIA spécialisé dans les opérations clandestines « en zone où tu ferais mieux de pas te faire choper » doit sauver le monde d’une menace terroriste d’une ampleur jamais vue.
Enfin… Peut-être. On ne sait plus vraiment… Tout se mélange.

Ce qui est bien avec les thrillers d’espionnage, c’est qu’ils peuvent nous faire croire n’importe quoi, ou presque, tant que c’est bien raconté. Quand l’auteur est à son meilleur, il parvient à mêler le réel, l’anticipé et l’imaginaire pour nous fait croire que ces choses complètement impossibles pourraient bel et bien nous arriver.
Avec « Je suis Pilgrim », Terry Hayes réussissait ce tour de force et nous embarquait à la rencontre d’un héros et de sa némésis – un ancien agent secret et un ancien moudjahidine – dont les parcours personnels et les aventures aux quatre coins du monde formaient un récit haletant. Documenté, réaliste mais aussi suffisamment romanesque pour capter le lectorat qui n’en a rien à faire de tout ça (et veut juste s’embarquer dans une aventure à la James Bond) « Je suis Pilgrim » est devenu un classique du genre qu’on ne peut que recommander.

couverture Je suis Pilgrim

Je suis Pilgrim était autrement plus réussi.

Pour l’Année de la Sauterelle, en revanche… le bilan est moins folichon.

« Comme l’a dit un historien, virus incontrôlés, dérèglement climatique, ouragans catastrophiques, inondations massives et terrorisme sans fin – nous sommes vraiment entrés dans l’Ère de la panique. »
L’Année de la Sauterelle – Terry Hayes

Désolé Terry, on ne va pas se priver de rebondir sur cette citation. Mais ce roman, vraiment, c’est un peu la même… Une sacré panique, une histoire perdue dans un ouragan narratif, des digressions massives et un non-sens sans fin… Et ne parlons pas du virus incontrôlé, car c’est vraiment là que tout bascule.

Terry aime les chapitres courts. Tellement courts qu’il confond avec le saut de paragraphe. Déjà très décousu dans sa narration, le roman est donc découpé en toutes petites séquences qui semblent là pour vous donner l’impression que tout va vite, que tout est nerveux, un peu comme les plans cut d’un film d’action de Paul Greengrass. Sauf qu’en réalité, c’est juste le bordel. Et pendant longtemps. jusqu’au moment où l’on comprend que toutes ces longues digressions (qui ne parviennent même pas à construire un affect pour le personnage) viennent justifier un tout petit truc ici, là un éclair de compréhension du héros. Et après s’être fadé 400 pages pour ça (l’histoire du Mage non mais vraiment)… D’autant que la narratif à la première personne sous-entend que le héros ne mourra pas, et que tu es juste là pour savoir comment il s’en sort (et te dire ouah, bravo, super fort).

Un bon agent de la CIA a besoin de son terroriste d’un pseudo Daech à arrêter pour sauver le monde. Sinon, il s’ennuie, il s’invente des problèmes, il est obligé de passer du temps avec sa femme et il risque de remarquer que c’est pas si pire.

Au fil du récit, on comprend que Terry Hayes a une envie de plein de choses : de l’espionnage, de la romance, de la SF, de l’anticipation et même une touche de zombisme. Et qu’auréolé du succès de « Je suis Pilgrim », il s’est dit qu’il pouvait maintenant tout se permettre. Après tout, c’est bien de se faire plaisir. Et, bien sûr, son éditeur l’a conforté dans ce choix.

« Well done Terry, it’s an amazing book »
C’est ce qu’il a dû lui dire. Mais c’était pour lui faire plaisir.

En réalité, « L’Année de la Sauterelle » n’est bon que dans les moments qui on fait la qualité de « Je suis Pilgrim » : le roman d’agent super secret. S’ils n’ont rien d’original, l’immersion en Iran, le choix de suivre un pseudo-Daech, le travail de bureau des agents de la CIA, tout ça fonctionne et on se laisse embarquer avec plaisir dans ce monde où l’on vous soude des lentilles sur les yeux, où l’on vous bricole des AK-47 avec GPS et où l’on fabrique des flingues avec des béquilles. Tout paraît documenté, tout est entrecoupé d’évènements connus et de vrais découvertes : on se prend au jeu, on y croit.

Alors, quand la partie anticipation/SF/zombie pointe le bout de son nez, la pilule est dure à avaler. D’abord pour une simple et bonne raison : tout cet arc narratif semble avoir été créé pour justifier la dernière partie du roman et la confrontation finale héros-méchant. Pourquoi pas hein ! Pourquoi pas… C’était à « ça » de passer crème. Mais une fois l’arc abouti (et on voit arriver le truc à des kilomètres), on comprend que c’est « juste pour ça »… Et cela vient salement endommager la crédibilité du reste du récit.

L’Année de la Sauterelle est, bien sûr, un roman efficace. Cela se lit vite, la traduction n’est pas incroyable (sûrement trop rapide) mais on passe globalement un bon moment, non sans un ou deux lever de sourcils dubitatifs, un peu comme devant n’importe quel film d’action Netflix. A quand l’adaptation ?

Sarcasme : presque à zéro, pas besoin d’en rajouter.
Second degré : Une petite touche quand même, pour le plaisir.
Honnêteté : Presque totale, pour pas tout spoiler.

L’Année de la Sauterelle – Terry Hayes – 686 pages – J.-C. Lattès (20/03/2024)